
Il était une fois, dans un royaume paisible, un Roi, nommé Maurice, qui était tout
petit. Mais les gens du royaume l'aimaient bien car, avec lui, la paix était de mise.
Comment pouvait-il être belliqueux ? Un peu débonnaire, un rien enfant, le Roi ne s'énervait que pour des petits caprices : son eau de bain pas assez couverte de mousse ou l'oubli de son
canard jaune qui faisait "pouet-pouet", son édredon pas assez chauffé, son doudou pas assez parfumé à la framboise ou encore (on avait frôlé le drame ce jour là) la pluie le jour de son royal
pique-nique... A part cela, rien vraiment ne l'énervait, et pour cause : il oubliait à peu près tout.
Les affaires très importantes de l'Etat lui étaient bien sûr communiquées mais la mise en place réelle des actions était déléguée à ses ministres, aussi dévoués à leur Roi que leur paie
était coquette. C'était un groupe de vieux monsieurs à barbes blanches, à peu près du même âge que le roi, mais très compétents.
Le royaume était prospère : pas de guerre, beaucoup d'agriculture et des fruits et légumes à foison. Bref le peuple était ravi.
Cependant, il se posa un jour le problème de l'héritier. En effet, le Roi n'avait pas de prétendante, pas de petite amie à l'horizon avec qui il aurait pu se marier. Pas de reine, donc pas
d'enfant ; pas de prince, donc pas de successeur. Les ministres s'en inquiétaient beaucoup, rappelant au petit Roi que son collier de barbe blanche signifiait qu'il était largement en âge d'être
papa.
Le Roi, un peu fatigué par ces demandes, leur promit (pour avoir la paix) qu'il chercherait une compagne. Mais selon lui elle devait être : serviable, discrète, affectueuse, douce et
surtout utile... et, bien évidemment, plus petite que sa Royale Personne.
Les ministres comprirent qu'il allait être difficile de trouver un tel oiseau rare. Ils lui présentèrent un grand nombre cependant de prétendantes, jolies ou laides, avec plus ou moins de
qualités... Mais à chaque fois les candidates se lassaient et n'appréciaient guère de devoir s'occuper d'un grand enfant en barbe blanche qui ne connaissait rien aux femmes, si ce n'était
leur aptitude à faire des gâteaux. Le Roi ne comprenait pas les mines déconfites de ses ministres et leur assura qu'il trouverait lui même la perle rare.
Et il la trouva !
Un matin, il appela donc ses ministres qui arrivèrent, au saut du lit, encore, pour certains, chaussés de bas de laine.
"Mes chers amis, leur dit le Roi, je vous présente ma compagne."
La main tendue vers sa droite, il montrait, en effet... sa compagne. Les ministres eurent beau se frotter les yeux, se pincer, mais ils ne virent rien d'autre qu'une vulgaire poule, très ronde et
un peu héberluée.
"Mais, Majesté, se risqua l'un d'eux, ce n'est qu'une poule !
- Et alors ? répondit le Roi. C'est ma compagne, je l'ai choisie. Elle est douce, son duvet est un plaisir au toucher, et de plus elle me chauffera le lit. Elle est peu causante mais adore
m'écouter sans m'interrompre. Et surtout... SURTOUT ! Elle me donne tous les matins deux oeufs succulents pour déjeuner ! Je veux que cette compagne soit traitée selon son rang. Ainsi fait,
vous pouvez disposer, je vais préparer mes mouillettes. Viens, Titine..."
Le Roi s'éloigna avec sa poule.
Les ministres restèrent un instant interdits. L'un d'eux brisa le silence en se grattant le menton.
"Il va falloir trouver une reine qui accepte une poule dans le lit conjugual...
-Ca ne va pas être facile, nota un autre.
-Lui a-t-on encore expliqué comment on faisait les bébés ? demanda une voix."
Un silence puis un soupir lui répondit.
"Qui s'en charge ? interrogea timidement l'un des ministres.
- Moi j'ai du boulot par-dessus la tête.
- Moi aussi.
-Par Dieu, et moi donc !
-Enfin, soyons sérieux je n'ai pas le temps !
- Il fait frais, non, ce matin ?
- Ah, oui ? Oui, tu as raison.
- Le temps va se gâter, alors.
- Cela est vrai, il faut organiser la mise au sec du blé.
- Je m'en occupe.
- Moi aussi, j'arrive.
- C'est une question d'Etat, je vous précède.
- Oui, le blé, c'est essentiel."
Ainsi, les ministres se retirèrent, trop occupés à organiser l'Etat.

La Poule du Roi Maurice by Marty-Crouz (C.Marty) est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification
2.0 France.
Je vous ai mis ce petit conte créé rapidement pour poster sur ce blog. Je n'ai pas encore fini le blaireau scientifique à l'acrylique mais cela ne saurait
tarder.
Petite histoire sur ce conte : je l'ai rêvé. Ben oui, comme ça, une nuit. Le lendemain matin mes idées étaient un peu floues mais je me souvenais très bien du "petit roi Maurice", qui avait
d'abord peur du nombre 13 dans mon rêve ( un délire du subconscient !) puis qui est devenu un chercheur de prétendante associé à une poule ! Le lendemain matin, il a fallu que je jette très
rapidement une base sur papier pour garder cette fraicheur d'esprit. J'ai sîmplifié ici l'histoire, en enlevant un personnage qui m'était "apparu". Mais à celui-ci, pour ne pas qu'il vienne se
plaindre en rêve, je lui dis que je l'utiliserai plus tard !
A bientôt !